Lettre à mes parents qui ont tout.

Mes très chers parents,

Si je prends ma plus belle plume pour vous écrire, si je la trempe à l’encrier de la tendresse, c’est tout d’abord parce que je sais que vous raffolez des lettres manuscrites. Comme Maman se plaît à le répéter « les paroles s’envolent, les écrits restent. ».
Mais c’est également parce que Noël approche, et avec lui l’insoluble dilemme du choix du cadeau.



Car enfin, vous rendez-vous compte à quel point il est difficile de surprendre des parents qui ont déjà tout ?

Si, si, il me semble bien que vous avez tout !

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Après quarante ans de vie commune, l’appartement familial ne résonne plus des cris de vos enfants devenus à leur tour parents.

Pourtant, il vit encore.

Il vit car il est le cabinet de curiosité de tous ces trésors que, besogneux écureuils, vous avez patiemment thésaurisés, année après année, du plus élégant au plus saugrenu ; comme cette boule à neige qu’un de vos enfants vous avait fièrement rapportée du Mont Saint Michel, et qu’au lieu de jeter vous avez fait trôner sur la belle commode de l’entrée que vous tenez de mamie, et dont le marbre porte à jamais la trace ronde que la babiole y a laissé au fil des ans.

Dans les cadres fixés au mur du salon, entre un masque vénitien et un sabre rapporté d’Afrique, les photographies sont passées du noir et blanc à la couleur, souvenirs de mariages, de naissances, de ce voyage à Lisbonne en amoureux …

Sur la bibliothèque s’étalent quelques vieux classiques dont on connaît l’histoire mais qu’on n’a jamais lu, comme le Grand Meaulnes ou Sans Famille, Madame Bovary, Le Rouge et le Noir, L’écume des jours ou la Princesse de Clèves, et dont les lettres d’or commencent à s’effacer sur la reliure en cuir usé.

Et sur une petite étagère murale, ces verres à liqueur que Papa ne sort que pour les grandes occasions, avec un air canaille. Et même si tous ou presque furent un peu ébréchés par des bêtises d’enfants, pas question de jeter ces trésors dont les stigmates sont autant de souvenir de nos vertes années !

Du plus vieux au plus neuf, vous avez tout : un bronze de soldat napoléonien et un appareil à raclette pour 10 personnes, un véritable tapis persan et une imprimante laser dernier cri, un pavé de la place Saint Pierre et un vieux cendrier de porcelaine qui a accueilli son dernier mégot sous Mitterrand, une casquette d’officier soviétique et un vieux ballon de football dédicacé par Jean-Pierre Papin, une huile sur toile de la place du Tertre et une quarantaine de piques à fondue …


Tout, vous avez tout … Et pourtant, j’ai trouvé l’idée.



Il est une chose que plus on possède, et plus on désire, ce sont les souvenirs.



Pénétrer chez vous est une plongée au cœur de vos propres souvenirs, et je sais que vous n’en serez jamais rassasiés. Alors je vais vous en offrir de nouveaux. Des petits fragments de la vie de vos enfants et petits-enfants, par dizaines ! Je vais vous envoyer des photos, des quantités de photos, des belles, des vraies, des spontanées.

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Il est une chose que plus on possède, et plus on désire, ce sont les souvenirs.


Des photos de grimaces et de beaux paysages, des photos de carnaval et de joies familiales, d’une première dent sortie, d’une première dent tombée, d’un flocon fièrement remporté sur des skis, d’une remise de diplôme ou d’un baptême de l’air, et tant d’autres clichés que la vie nous offrira !


Et ainsi votre appartement ne cessera jamais de vivre, car s’il est vrai que les paroles s’envolent, s’il est indiscutable que les écrits restent, seuls les souvenirs sont immortels.



Je vous embrasse, votre fils devenu papa, MatdeLap